A propos de l'hibernation PDF Imprimer Envoyer
Dossiers - Hibernation
Écrit par Matt_44   

 

Qu'est ce que l'hibernation


et pourquoi elle est très importante


pour les tortues


 

que nous maintenons captives

 

dans nos jardins ?

 

Que ce soit sur le net ou même dans certains, pour ne pas dire la grande

majorité des livres, on lit des choses totalement absurdes et injustifiées

sur ce sujet telles que :« l'hibernation est dangereuse, risquée », « la

durée d'hibernation doit être raccourcie pour les juvéniles »,  « pas

d'hibernation pendant  les 4-5 premières années »  et  j'en passe ...

Toutes  ces affirmations sont  totalement erronées et ne  sont  bien

évidemment pas justifiées, ni par la science, ni par les lois de la Nature.

Pourquoi un bébé tortue  ou une tortue juvénile devrait-elle   hiberner

moins de temps qu'une tortue adulte (ou même  selon certains, ne pas

hiberner du tout)  alors qu'elles sont soumises dans la nature aux

mêmes conditions climatiques ?


Ces  affirmations ne sont  que de  l’illusion anthropomorphique  envers

cet animal et relèvent surtout de la peur et de l'appréhension des

hommes pour un état qui nous est totalement étranger et que nous ne

pouvons ni comprendre ni contrôler puisque nous ne le vivons pas.  Et

c’est cette ignorance et cette peur de notre part  qui font qu'un grand

nombre de tortues passent leurs premières années en terrarium (le

plus souvent   très mal configuré d'ailleurs)  où  elles   vont  s'affaiblir

petit à  petit,  se déformer   plus   ou    moins  rapidement  pour,

finalement, présenter  tous   les symptômes  d’une ostéodysthrophie.

Il faut bien garder à l'esprit que les tortues sont sur cette belle

planète depuis bien plus longtemps que nous.

Depuis 250 millions d'années d'existence, elles ont appris comment

se défendre pour résister et survivre à cette période hivernale bien

avant que l'Homme ne s'enmêle.

Quoiqu'en disent certains ce n'est pas non plus un « stress

environnemental » mais plutôt une vieille adaptation, progressive, à

la façon d’affronter sans dommage une période où la température

ne permet pas à cet animal poïkilotherme de maintenirune activité

optimale.

la suite n'est visible que par les membres {reg}

En revanche, ce qui est stressant pour l'animal c'est :

- d'aller contre nature en  réduisant  ce  temps  d'hibernation  ou  en

le supprimant

- de devoir s’adapter sur du court terme à des modifications

climatiques trop rapides :

le réchauffement climatique global pour les tortues sauvages mais

surtout et d’une manière beaucoup  plus  nocive  et  pernicieuse  les

conditions  extrêmes  et  malcontrôlées d’une terrariophilie souvent

approximative pour les tortues captives …


Par ailleurs, on remarque que cette période joue

un rôle vital pour  l'espèce  puisque  sans

hibernation la mortalité  les premières années est

élevée  et  cette dernière  décroît  au fur et à

mesure que le temps d'hibernation augmente.


Dans tous les cas, comment peut on remettre en question une

adaptation mise en place depuis des milliers d'années ?   Nous

le  savons   bien, tous les animaux (y compris l’Homme)  évoluent

avec  le temps.   Ils s'adaptent  aux  conditions climatiques

nouvelles par des techniques spécifiques. Mais ces évolutions,

c'est à la Nature de les choisir et elles se font  progressivement

sur plusieurs milliers d'années et  non  à l'Homme  de le décider

du jour au lendemain.

Tous   les   organismes  vivants  ont   besoin  de   temps  pour

s'adapter aux nouvelles  contraintes  environnementales  et  ce

temps  ne se compte pas sur l'échelle du calendrier humain.  Et

il en est ainsi aussi pour les tortues.

En  toute  logique,    il  n’y  a  donc  aucune  raison  pour  que  les

espèces méditerranéennes  de  nos  jardins  n’hibernent  pas   tout

comme le font leurs cousines sauvages dans la nature. Il est de

notre devoir de respecter ce cycle même lorsque ces belles

carapaces sont en captivité.


Une  nouvelle  née,  à  partir  du  moment  où

l'espèce en question est une espèce qui hiberne

"normalement" dans la nature doit hiberner dès

le premier hiver !


Sauf, bien sûr, dans le cas d’une pathologie déclarée ou suspectée.

On entend trop souvent  parler de  "besoins  de réserves" avant  l'entrée

en hibernation.

Les tortues sont des animaux poïkilotherme, c'est à dire que leur

température corporelle  dépend de la  température du milieu  dans lequel

elles  évoluent et non pas des « réserves » qu’elles auraient ou pas.


Les tortues hiBernent  donc, car  contrairement  aux ours  qui eux hiVernent,

elles n'ont pas besoin de brûler de graisses durant l'hiver pour remonter leur

température corporelle puisque celle ci descend en fonction de la température

ambiante. Le seul seuil qui soit  critique d’un point de vue vital  est   le gel de

l’eau contenue dans leurs tissus.

Et encore , pour certaines espèces aquatiques notamment, des chercheurs

auraient trouvé que certaines bestioles produisaient une forme d’antigel …

Ce qui par ailleurs pourrait en faire rêver certains (hommes)  la congélation

pour, peut-être, l’immortalité …


De ce fait, leur organisme entier ralentit à un tel point qu'une fois en léthargie,

les enzymes  permettant  la digestion  fonctionnent peu,  voire plus du tout.

Elles ne dépensent donc pas d'énergie et ne perdent normalement pas ou

très peu de poids pendant la période où elles sont sous terre. Les seules

pertes de poids éventuelles sont provoquées par l’évaporation de l’eau de

leur tissus quand le milieu dans lequel elles hibernent est trop sec.


L’argument avancé par les partisans d'une non hibernation ou d’une

hibernation raccourcie  la première  année  par  "manque de réserves"

est  tout simplement une bêtise. Une tortue peut et doit hiberner aussi

longtemps qu'une adulte dès la première  année.  Une hibernation  bien

menée  ( hygrométrie,  températureadéquate...) comporte 1000 fois

moins de risques  qu'une maintenance en terrarium pendant la période

hivernale.


Afin de compléter et chiffrer cette position, je me permets de citer un

passage du livre (que je recommande  à tous les détenteurs et

passionnés de tortues et même aux vétérinaires souhaitant se perfectionner

dans ce domaine) du vétérinaire L. Schilliger (spécialiste des tortues)

"Les tortues deJardin"" :


"Il a été montré  que  le  taux  de  mortalité des tortues

méditerranéennes nouveau-nées et juvéniles (âgées de

1 à 6 ans) est  plus  élevé  lorsqu'elles  n'hibernent  pas

que lorsqu'elles hibernent  au cours  de  leur  premier

hiver et que  ce  taux  de mortalité  décroît   à  mesure

que  la durée d'hibernation s'allonge   (elle  est  très

faible,  voisine de  3 à   5 % lorsqu'elles  hibernent  trois

mois  et  plus, contre7 à 9 % lorsqu'elles hibernent un à

deux mois, et 23 à 30 %  lorsqu'elles n'hibernent pas du

tout."


Je complète ce post par des données concrètes de juvéniles dont

certaines sont nées tardivement :


La première née d'un couple différent des autres :


Agrippine :

Née le 08 août 2008 à 11 g

Entrée en hibernation le 05 octobre à 14 g

Sortie d'hibernation le 13 mars à 14 g

06/09/09 : 40.7 g

 

Les trois sœurs nées tardivement :


Apollon :

Née le 14 septembre 2008 à 16.5 g

Entrée en hibernation le 25 octobre à 14 g (pesée approximative avec

ancienne balance au gramme près)

Sortie d'hibernation le 13 mars à 14.5 g

06/09/09 : 38.4 g


 

Athéna (plus petit œuf) :

Née le 12 septembre 2008 à 15 g

Entrée d'hibernation le 25 octobre à 12 g

Sortie d'hibernation le 08 mars à 12.9 g

06/09/09 : 39 g


Aphrodite :

Née le 13 septembre 2008 à 16 g

Entrée en hibernation le 25 octobre à 14 g

Sortie d'hibernation le 13 mars à 14.1 g

06/09/09 : 36 g


Je précise qu'aucune n'est passée en terra pendant l'inter saison

d'automne, elles se sontpréparées lentement pour l'hibernation

pratiquement dès leur naissance, sans trop manger.Vous remarquerez

qu'il n'y a bien aucune perte de poids. L'hibernation en fosse extérieure

(caisse  pvc  percée,enterrée) avec cabane  en  briquettes  au dessus.

Bâche   et voile  d'hivernagerajoutés en période  de gel  important  sur

une durée prolongée.


Apollon (alias CG3) :



Agrippine :



Comment procéder ? Que ne faut-il pas faire ?


Dans notre région, le mieux est sans nul doute l'enclos extérieur. Il faut laisser

la tortue se préparer seule à l'hibernation, dans son enclos.

Il n'y a pas de règle. Toutes n’adopteront pas le même comportement. Cela

dépendra aussi fortement des conditions climatiques.

Certaines  vont  commencer  à réduire  leur activité  dès début  septembre

d'autres plus tardivement. Elles sortiront beaucoup moins, s'alimenteront

également moins jusqu'à stopper complètement la prise de nourriture.

Certaines s'enterreront début octobre, d'autres début novembre ... Il ne faut

pas pour autant s'inquiéter.  Sauf  s’il  y  a des  signes pathologiques

(nez qui coule, perte de poids vraiment très importante, blessures...).


L'erreur la plus fréquente faite par les débutants est celle de rentrer son

animal,par peur dufroid, dans un endroit chauffé. Parfois juste pour une nuit.

 Cela perturbe alors totalement la pré-hibernation de l'animal qui se retrouve

en totale opposition avec les conditions de cette période, dans un endroit

brutalement beaucoup plus doux/chaud.


Le choc  thermique  de la remise en extérieur  peut  également  être à l'origine

de diverses pathologies telles que des  rhinites.

Souvent  ce  sont  ces  animaux  perturbés  en  plein  cycle

de pré-hibernation qui refusent de s'enterrer et succombent

au gel.


Il faut aussi savoir que si nous sommes, nous les humains, sensibles au froid

c'est parce que nous sommes homéothermes et que nous avons une

température corporelle constante (37°C) qui est, elle, générée par notre corps

.

Ce n'est pas le cas des tortues, qui, je le rappelle, sont poïkilothermes, c'est à

dire que leur température interne dépend de la température du milieu dans

lequel elles évoluent. Elles n'ont donc pas froid comme nous !



Dans notre région, l'endroit le plus sûr pour l'hibernation

reste sans aucun doute la  fosse extérieure ou chambre

d'hibernation prévue dans l'enclos. Celle ci devra

évidemment être convenablement aménagée, protégée et

isolée du gel et des excès de précipitations. C'est en

voulant trop contrôler/intervenir qu'on fait des erreurs !


Nombre de tortues qui hibernent en caisson intérieur dans un substrat

généralement trop sec, se déshydratent, gèlent ou s'épuisent en raison d’une

température hivernale trop douce. Au frigo,l'atmosphère est bien trop sèche.

Le risque de déshydratation est également élevé. De plus, les pannes de

courant sont rarement prévisibles ...


En extérieur, l'inertie de la terre est réellement efficace. On y remarquera une

faible amplitude thermique, et surtout des variations de température très

progressives et très lentes. C'est ici que la tortue sera le plus en sécurité

contrairement aux idées reçues.


Ce  n'est  pas  le  cas  dans des  caissons  d'hibernation qui  se réchauffent

aussi vite qu'ils se refroidissent, le volume de terre n'étant pas suffisamment

important. Le gel y pénètre également très rapidement.


En  prévision  de grand froid, on peut  toujours  renforcer la

protection  du dispositif   par  des  voiles  d'hivernage, une

bâche,  des plaques   de polystyrène.. et  surtout  étendre

la protection autour du lieu d'hibernation.


Ci joint un lien de redirection vers  un      excellent reportage de Fred

qui explique en images un exemple d'aménagement extérieur pour l'hibernation

de nos chères carapaces sur pattes :

http://comunicalis.free.fr/__lna__data/Chambredhibernation.htm


Bon élevage à tous !


{/reg}